L’objet de la connaissance scientifique

Par « objet de science » ou « objet d’une science », on désigne ce qui la fonde et centre son activité. Le terme « objet » évoque les objets ordinaires (les choses) et reprend l’opposition classique objet/sujet, deux significations qui sont malvenues pour expliciter l’objet de la connaissance scientifique.

Pour citer cet article:

JUIGNET Patrick. L’objet de la connaissance scientifique. Philosophie et connaissance [en ligne]. https://philosophie.site/2016/02/02/objet-connaissance-scientifique/


PLAN

    1. Une définition liminaire
    2. Un peu d’histoire
    3. Invention et construction dans les sciences
    4. Le « constructivisme » des sciences sociales
    5. Un objet scientifique dynamique

1/ Une définition liminaire

Nous allons commencer par définir grossièrement ce qu’est que « l’objet » dans le cadre des sciences. Il s’agit de ce dont s’occupe une science, son référent désigné, par exemple l’astronomie s’occupe des astres. Mais, au travers de cet exemple, on comprend immédiatement qu’il y a plusieurs manière de s’occuper des astres. La définition de l’objet inclut nécessaire cette manière, qu’on appelle parfois la méthode. Plus précisément la manière théorique de l’aborder et la manière pratique (observations, expériences). On sait aussi que l’astronomie a considérablement évoluée. Du coup il peut être intéressant de distinguer entre le référent et l’objet. Les astres ne sont pas conçus de la même manière par l’astronomie Galiléenne  et par celle d’après la relativité et la théorie Einsteinienne de la gravition. L’objet d’une science évolue, parfois considérablement.

2/ Un peu d’histoire

La conception post-cartésienne

Le schéma organisateur ancien de la connaissance le plus couramment répandu dans les sciences empiriques supposait un monde naturel indépendant, contemplé et expliqué rationnellement par le sujet. Le savant est considéré comme un sujet unifié, isolé, source de la perception et de la pensée, noté par le « Je » qui pense de Descartes. C’est un sujet transcendantal, point d’origine abstrait, unité originaire synthétique de l’aperception, hors du temps et hors du monde. Le monde extérieur au sujet est conçu sur le mode du réalisme empirique traditionnel selon lequel les choses sont présentes extérieurement à nous, dans la réalité qui existe indépendamment du sujet.

Dans cette conception la réalité que la science étudie doit être dépouillée de ses apparences trompeuses. En effet, le réalisme empirique avouant vite ses limites on lui a adjoint la distinction entre qualités premières et qualités secondes. Ces dernières issues de notre perception empirique sont trompeuses. Il faut les ramener aux qualités premières plus vraies. Pour saisir correctement l’objet, il conviendrait de faire preuve d’objectivité, c’est-à-dire se départir de la subjectivité, qui  biaise notre perception de la réalité, afin d’accéder aux qualités premières.

Le sujet de la science (observateur neutre pourvu d’une pensée rationnelle) découvre les qualités premières d’une partie du monde qui constituent son objet de recherche. Une fois repéré, on peut travailler sur cet objet, rechercher les constantes qui le caractérisent, constantes qui pourront être traduites rationnellement en lois, qui une fois trouvées seront vérifiées expérimentalement. Le savant est le contemplateur neutre d’une nature extérieure à lui.

 Cette conception qui née au XVIIe siècle a été remise en cause à partir du XIXe siècle.

L’inflexion positiviste

La conception positiviste (au sens du positivisme scientifique) naît dans la première moitié du XIXe siècle, vers les années 1830. Elle vient du néo kantisme surtout présent dans les pays germaniques et du positivisme philosophique d’Auguste Comte en France. À partir de ce moment on considère que le monde n’est plus d’une seule pièce, il se divise en réalité empirique et monde en-soi (réel). La réalité empirique est donnée par l’expérience et le réel en soi est conçu par la pensée. Seule la réalité empirique peut être objet de science au travers des faits mis en évidence de manière probante (par observation et expérimentation).

Le positivisme ne veut considérer que les faits (les phénomènes) et renonce au réel en soi dont il estime l’étude impossible (il la laisse à la métaphysique considérée comme illusoire). On qualifie à juste titre le positivisme de phénoménisme. Il ne considère et ne s’intéresse qu’aux faits et non « à la nature des choses ». En particulier le positivisme est non substantialiste, il ne prétend pas que les faits dérivent d’une ou de plusieurs substances. On peut citer à ce sujet le discours resté célèbre de Du Bois Raymond prononcé à Berlin en 1870, dans lequel il expose la doctrine en associant un déterminisme strict concernant les faits à un agnosticisme concernant leur fondement. Le titre du discours était  « Ignorabimus » : on ignorera.

Du coup, l’objet de science se préciserait comme l’ensemble des faits expérimentaux étudiés par une science. Dans cette perspective on suppose une stabilité empirique et on appelle objet l’ensemble des manifestations identiques notées lors d’expériences répétées par la communauté scientifique.  La collection des faits est quelque chose de durable, possédant des caractères constants repérés lors d’expérimentations réitérables. Cet ensemble constitue une part de la réalité, il est extérieur au sujet, ne dépend pas de lui, mais est lié à son activité expérimentale.

Avec le positivisme logique, la doctrine se radicalise en ne tenant compte que des faits empiriques observables d’un côté et du logico-langagier de l’autre cherchant la mise en adéquation stricte des deux. L’objet devient ce qui peut être mis dans une telle adéquation, le reste étant éliminé de la science. Cette reformulation du positivisme a eu un grand succès dans la philosophie des pays anglo-saxons, mais elle n’a pas été largement adoptée par la communauté scientifique.

L’inflexion quantique

Un changement épistémologique a lieu au début du XXe siècle avec la mise en évidence de l’interaction entre le scientifique et le monde. Elle vient des difficultés de mesure dans la physique atomique. Niels Bohr dans les années 1920, pour résoudre le problème, énonce que l’on mesure le système dans l’état choisi par l’expérimentateur, en lui posant expérimentalement telle question et non telle autre. Cela ne met pas en cause le réalisme, mais jette un doute sur la conception d’un savant extérieur au monde. L’expérience n’est pas la contemplation neutre (objective) d’une nature déjà-là et immuable. Elle est une action qui provoque une réaction.

La physique quantique met en évidence la vérité générale selon laquelle l’agent de l’expérience est dans le monde. Son intervention produit une modification sans laquelle aucune réponse ne serait apportée. La radicale séparation classique n’est pas justifiée. C’est une fiction admissible dans un certain nombre de cas car elle ne gêne pas, mais en droit, elle est fausse. L’objet n’est plus extérieur autonome, il est lié à l’expérience et à la manière dont celle-ci est conduite.

4/ La conception constructiviste de l’objet

Une meilleure compréhension de l’objet

On a compris au XXe siècle que ce  qui est étudié est lié à l’expérience et à la manière dont celle-ci est conduite. Cette idée va être développée par Jean Piaget. Il met en avant l’activité présente dans l’attitude scientifique, pour nommer cette conception il introduit le terme d’épistémologie « constructiviste ». Elle consiste à « considérer la connaissance comme liée à une action qui modifie l’objet et qui ne l’atteint donc qu’à travers les transformations introduites par cette action » (Les courants de l’épistémologie scientifique contemporaine, 1967). Sujet et objet sont situés sur le même plan et en interaction. Ils ne peuvent être considérés comme disjoints. L’opinion de Piaget s’inscrit dans une conception qui dépasse la science puisque, selon lui, la réalité se construit dans une interaction pratique avec le monde.

Gaston Bachelard est à l’origine d’une évolution importante dans la conception de la science. Il met en évidence l’activité de la démarche scientifique. La science, dit-il, « réalise ses objets sans jamais les trouver tout à fait, elle ne correspond pas à un monde à décrire mais à un monde à construire »  (La formation de l’esprit scientifique, Paris, Alcan, 1934). Ceci a été repris par Canguilhem. « La nature n’est pas elle-même découpée et répartie en objet et phénomènes scientifiques. C’est la science qui constitue son objet » (Etudes d’histoire et de philosophie des sciences, Paris, Vrin, 1968). C’est aussi ce qu’exprime Jean Ullmo dès les premières lignes de son ouvrage La pensée scientifique moderne (Paris, Flammarion, 1969) : « la science recherche ses objets, elle les construit, elle les élabore ; elle ne les trouve pas tout faits ».

L’activité scientifique

L’activité scientifique associe l’expérience (contact avec la réalité) et le raisonnement (selon une pensée rationnelle). « Quel que soit le point de départ de l’activité scientifique, …si elle expérimente, il faut raisonner ; si elle raisonne, il faut expérimenter » dit Bachelard. (Le nouvel esprit scientifique, Paris, Félix Alcan, 1934). De par cette expression simple de la méthode on voit que l’objet de la connaissance se construit dans le mouvement interactif entre la rationalité et la réalité empirique. Cette interaction paraît devoir être mise en avant et prise en compte pour bien comprendre l’activité scientifique. C’est pour cela que l’objet est « construit », car il ne se trouve au préalable ni dans l’un, ni dans l’autre. Il doit être produit par cette interaction.

La construction d’un objet pertinent n’est pas facile, il faut que le phénomène soit «  trié, filtré, épuré… » C’est plus net dans la physique car, le fait est « coulé dans le moule des instruments ». Or « les instruments ne sont que des théories matérialisées. Il en sort des phénomènes qui portent de toutes parts la marque théorique » (Bachelard G., Le nouvel esprit scientifique). On ne perçoit pas immédiatement les faits adéquates, il faut se donner les moyens théoriques et pratiques de les mettre en évidence. Le chercheur doit lutter pour atteindre son objet d’étude qui n’est jamais donné ; il doit l’inventer  par une remise en question permanente de l’expérience première et du savoir ordinaire qui existent toujours avant le savoir scientifique.

Un objet nécessairement construit

Cette conception se nomme le « constructivisme épistémologique » : la science construit son objet, elle ne le trouve pas déjà là, telle une chose concrète. Elle le fait par une activité pratique qui produit des faits selon une méthode, puis les associe à une théorie et synthétise le tout en un « objet ». L’objet résultant est le produit de cette interaction complexe. Une fois constitué il spécifie le domaine scientifique et le différencie des autres. Par exemple la cellule vivante une fois constituée en objet de science définit un domaine de la biologie : la cytologie. La science invente ses objets dans une activité mixte théorique et pratique. Cette manière de voir est en rupture avec la conception classique de l’objet comme simple découpe dans la réalité, comme ensemble de faits déjà présents devant le chercheur.

Pour Bachelard c’est toute la démarche scientifique qui est inventive et constructive : « […] dans la vie scientifique, les problèmes ne se posent pas d’eux-mêmes. C’est précisément ce sens du problème qui donne la marque du véritable esprit scientifique. Pour un esprit scientifique, toute connaissance est une réponse à une question. S’il n’y a pas eu de question, il ne peut y avoir connaissance scientifique. Rien ne va de soi. Rien n’est donné. Tout est construit » (Bachelard, G. La formation de l’esprit scientifique, Paris, Librairie philosophique Vrin, 1999).

Cette manière de voir intègre l’idée de rupture épistémologique. On nomme par ce terme l’activité qui fait passer d’une expérience ordinaire à une expérience scientifique, d’une pensée ordinaire à une pensée scientifique et, par conséquent, de l’objet ordinaire à l’objet de science. L’objet n’a rien à voir avec les objets ordinaires. Celui-ci, dit Bachelard, « n’a aucune vertu pour la science ». Il a même des mots très durs pour l’objet de la connaissance commune le définissant comme « ce mélange de chose et de nom, informe, monstrueux » (Bachelard G.  Le rationalisme appliqué, Paris, Librairie philosophique Vrin, 1999).

Bachelard a parfois des formulations difficiles. Il parle « d’entités » ou « être scientifiques » à la fois factuels et intellectuels, ensemble de phénomènes observables reliés par des lois ou des constantes. L’association d’un certain nombre d’êtres scientifiques constituerait l’objet d’une science. Il parle d’objet « désigné » pour l’objet de la conception courante et d’objet « instructeur » pour celui de la connaissance scientifique. Pour notre part, tout en adhérant à la conception constructiviste, nous préférons nous limiter aux termes d’objet de science ou d’objet de la connaissance pour désigner la construction qui centre un domaine scientifique.

Le « constructivisme » des sciences sociales

Nous avons mis le terme entre guillemets, car il n’a pas ici la même signification que celle vue précédemment. Ici, cette conception dite constructiviste, qui ne fait pas l’objet de définitions claires et convergentes, concerne les sciences de l’homme qui présentent la particularité de s’occuper de faits édifiés par les humains. Cette perspective appelée constructiviste est bien établie en sociologie.

Dans ce cas le référent est considéré, à juste titre, comme une « construction » au sens d’un produit créé par l’homme. Ce qui est étudié se modifie en permanence. Les objets sociaux ne sont pas inertes, déjà-toujours présents dans le monde mais reformés, adaptés et organisés par les êtres humains et de plus participent à la sphère de la représentation.

Il s’ensuit que la relation entre le chercheur et son objet de recherche est interactive ce qui entraîne une inséparabilité du chercheur et de son référent : le chercheur fait intégralement partie du problème de recherche, sans qu’il puisse revendiquer une réalité « objective » indépendante de lui-même. Dans le constructivisme dit « interprétatif », ce qui est visé par la recherche est une construction humaine dont le chercheur doit comprendre les significations (celles présentes chez les acteurs, celles qu’ils attribuent à la situation étudiée). Ces idées ont développées par Alfred Schütz et Max Weber.

Ce courant épistémologique pose à juste titre le problème de la contamination du scientifique par son objet de recherche, car il n’y est pas extérieur. Il fait partie de la « réalité » qu’il cherche à étudier et ne peut se situer en dehors du processus interprétatif. Une institution, une croyance, une norme, sont produits par l’homme et le chercheur qui les étudie a lui-même  des normes des croyances et  se trouve au sein de diverses instutions.

Bien que nommée « constructiviste », cette posture diffère du constructivisme épistémologique  puisque l’objet de la connaissance n’est pas considéré comme créé par l’activité de connaissance. Il s’agit plutôt de la constatation de la particularité du référent des sciences humaines et sociale qui est le fruit de l’action humaine et de la dynamique sociale. On tient compte de ce qu’il est un produit fabriqué par l’homme et que les hommes qui l’étudient interagissent nécessairement avec lui. Si on cumule le constructivisme épistémologique avec ce dernier aspect, on a une double construction qui complexifie le problème.

3/ Un objet scientifique dynamique

Comment situer l’objet de science ?

Le terme d’objet, bien qu’inapproprié, étant consacré il est difficile de revenir sur ce choix. Loin de la chose, l’objet de la démarche scientifique est une entité complexe. Elle rassemble le référent c’est-à-dire ce qui est étudié et selon quel moyen, le but et les méthodes appropriées et par là il forge l’identité du domaine concerné au travers de ses évolutions.

Il est pertinent de mettre l’accent sur l’activité nécessaire à la constitution de l’objet. Il faut une activité complexe pour arriver à construire et maintenir un objet au sein d’une science donnée. Le premier mouvement de construction impose la désignation claire et distincte d’une part de la réalité qui donne un référent premier à la connaissance scientifique.

Puis, progressivement, cet aspect désigné du monde se dessine dans ses propriétés, grâce à la méthode scientifique qui permet de produire des faits contrôlables, mis en rapport étroit avec une théorie rationnelle. Le tout se synthétise en un corpus qui devient l’objet de la connaissance. Une fois forgé l’objet de science a un effet régulateur sur la connaissance, car lorsqu’il a été collectivement admis on sait ce qu’on étudie et de quelle manière, si bien qu’un paradigme se constitue.

Le schéma classique de la science est trop simple, trop lié au réalisme naïf. Le scientifique n’est pas un sujet transcendantal qui étudierait objectivement des faits posés devant lui. La réalité est construite par l’expérience. Ceci n’exclut pas une position réaliste concernant le monde (supposé exister en dehors de notre connaissance), mais ce réalisme doit tenir compte que le savant et la connaissance scientifique font partie du monde et interagissent avec lui. Ils n’ont pas d’extériorité.

La science n’est pas faite par un sujet, quel que soit le sens donné à ce terme, mais par des agents de la connaissance qui adoptent des attitudes cognitives et des pratiques particulières, agents qui s’avèrent souvent travailler collectivement et simultanément, si bien que l’agent véritable est en général un groupe social. La science n’est pas édifiée par un sujet hors du monde qui étudierait un objet présent dans une réalité objective. Cette posture est une illusion.

Un objet dynamique

Le constructivisme épistémologique défend l’idée que la science construit ses objets. Cette conception inclut une vision historique et dynamique de la science, car elle considère que les objets sont sans cesse construits et reconstruits, qu’ils sont le fruit de l’activité scientifique en devenir. En retour, cette activité vaste et complexe, peut être subsumée et résumée dans un objet qui la synthétise et joue un rôle unificateur. Les objets sont des constructions internes à la connaissance qui invente les entités sur lesquelles elle travaille.

Aucune science ne trouve son objet tout fait. Par une rupture avec les notions ordinaires un référent apparaît. On repère « l’attraction des corps », on distingue « le vivant de l’inerte », on définit « maladie » survenant chez les vivants, on remarque les évolutions du paysage terrestre, etc. à partir de quoi la physique, la biologie, la médecine, la géologie, se sont constituées comme science par transmutation de ces référents  désignés, en des objets de science.

On peut distinguer l’objet général d’une science qui est la synthèse permettant de la spécifier et de la distinguer d’une autre (par exemple le vivant pour la biologie) et les divers objets de recherches spécialisés dont le nombre est quasi infini (par exemple la cellule pour la cytologie). Prenons un exemple dans les sciences de l’homme. La linguistique peut être définie par l’étude de la capacité langagière de l’homme. Elle ne concerne pas les langues existantes, mais la capacité cognitive permettant d’utiliser des signes langagiers selon des règles syntaxiques. Cette capacité est le référent premier de la linguistique. Il a été désigné au XXe siècle par différenciation d’avec ceux de la philologie, de la grammaire, des études littéraires. Mais on constate immédiatement que cette capacité désignée peut être l’objet de plusieurs types de connaissances  (la neurolinguistique, la psychologie cognitive, la grammaire générative, etc.), qui vont chacune construire un objet.

L’objet de la connaissance scientifique se constitue à partir d’un projet de connaissance par une activité spéciale réglée par une méthode. L’objet d’une science est en évolution, il se construit et se reconstruit sans cesse. Il naît ou renaît chaque fois que les agents de la science lient dans une stratégie cognitive efficace des faits et des concepts au sein d’un champ défini par un mouvement inductif et déductif. Il s’institue une interrelation efficace entre la démarche de connaissance et une partie du monde. L’objet naît de cette interrelation, lorsque à un moment donné elle se précise, se synthétise.

L’objet est le résultat d’une activité complexe qui regroupe diverses activités théoriques et empiriques autour de quelque chose de commun, de central et de général qui spécifie et différencie la science en question d’une autre. L’activité scientifique a affaire à deux parties non dissociables du monde, la réalité factuelle qu’elle construit et l’existence indépendante du monde qu’elle suppose. Elle dessine dans chacune des découpes et par un processus rationnel de théorisation propose une théorie utilisable pour expliquer ce que cette découpe délimite. L’ensemble dessine alors une entité épistémique composite, l’objet de cette science.

Les objets changent lors des évolutions de la science. À partir d’un référent désigné dans le monde, divers objets de recherche peuvent se constituer. L’objet est sans cesse construit et reconstruit, il est le fruit de l’activité scientifique. Cette activité d’ailleurs assez vaste et diverse, peut être subsumée et résumée dans un objet qui la synthétise, en même temps qu’il désigne le champ de recherche, qui est toujours limité. L’objet est interne à la connaissance, il en constitue le centre organisateur. L’objet se dessine et change, puis se stabilise, dans un mouvement interactif, une dynamique de production de la connaissance, au fil du temps.

Il faut aussi considérer que d’une science à l’autre, il y a de grandes variations dans la manière de constituer un objet approprié. En effet, il doit être pertinent eu égard à la partie du monde concernée, ce qui implique des adaptations importantes. De ce fait les propos ci-dessus ne peuvent être qu’un canevas général qui doit être adapté et précisé pour chaque domaine de recherche.

Bibiographie:

Bachelard. G., Le nouvel esprit scientifique, Paris, Félix Alcan, 1934.

Bachelard G.  Le rationalisme appliqué, Paris, Librairie philosophique Vrin, 1949.

Piaget J., « Les courants de l’épistémologie scientifique contemporaine » in Logique et connaissance sientifique, Paris, Gallimard, 1967.

Ullmo J., La pensée scientifique moderne, Paris, Flammarion, 1969.

 


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