Lacan, le symbolique et le signifiant

Lorsque Jacques Lacan reprend la proposition de Claude Lévi-Strauss concernant l’existence d’un ordre symbolique  cela implique, comme il l’indique lui-même en 1953 à la Société française de psychanalyse, « une certaine orientation d’étude de la psychanalyse, […] qui diffère de l’orientation classique. » [1] Nous nous limiterons, dans cet article, à un bref exposé de cette conception, assorti d’un point de vue critique.

 

Pour citer cet article :

JUIGNET Patrick. Lacan, le symbolique et le signifiant. Philosophie et connaissance [en ligne]. 2016. https://philosophie.site/2016/05/10/lacan-le-symbolique-et-le-signifiant/

 


PLAN

  1. De la parole au  symbolique
  2. Les remaniement ultérieurs du symbolique
  3. Critique de la dérive linguistique
  4. Les contradictions du signifiant

 

1/ De la parole au symbolique

Vers 1950, Jacques Lacan s’intéresse aux travaux de Heidegger sur la parole et en particulier le texte intitulé Logos, qu’il traduit en français. Il y a chez Heidegger une valorisation métaphysique de la parole, qui par l’expérience de son déploiement permettrait d’accéder à l’être [3]. Jacques Lacan, inspiré par cette approche, déclare que « la psychanalyse n’a qu’un médium la parole du patient » [4]. La cure devient une réalisation de la parole grâce à l’interprétation qui symbolise l’image [5].

Dans l’échange analytique, « il s’agit encore et toujours de symboles et de symboles même très spécifiquement organisés dans le langage » [6]. En effet, dans le fantasme, le rêve, l’élément imaginaire n’a qu’une «valeur symbolique» [7]. Au vu du rôle de la parole, il s’agit dès lors dans une psychanalyse, d’arriver à une parole pleine et vraie. « La parole pleine est celle qui forme la vérité »[8], elle permet un rapport à l’être, elle est dévoilement, une aléthéia. Cette révélation « est le ressort dernier de ce que nous cherchons dans l’analyse suite »[9]. Lacan tente de placer entièrement la psychanalyse dans « le champ de la parole et du langage ».

L’idée de symbole est reprise, au début de l’œuvre de Lacan, dans un sens assez traditionnel. Il admet que le symptôme est symbole d’un conflit et que les composants du rêve symbolisent quelque chose d’autre qu’eux. En 1949, Lacan associe l’efficacité symbolique aux imagos [11], c’est-à-dire à ces composants psychiques qui sont des images  identificatoires.

Le symbole peut se transformer en mot et ainsi naîtrait l’univers du sens [12]. Les dons rituels qui s’opèrent dans toutes les cultures sont symboliques car ils ont un sens, celui du pacte qui s’institue à cette occasion. Lacan remarque que les objets symboliques ne peuvent être simplement référés à un usage pratique. [13]. Mais le symbole n’est pas le symbolique. Il faut attendre les années cinquante pour que l’idée d’un ordre symbolique germe.

Quelque années plus tard, Lacan reprend l’hypothèse de Lévi-Strauss d’une structure   symbolique façonnant la réalité humaine [17]. L’hypothèse d’un système commun aux règles sociales et au langage est reprise et appliquée à l’inconscient. « Lévi-Strauss en suggérant l’implication des structures du langage et de cette part des lois sociales qui règle l’alliance et la parenté conquiert le terrain même où Freud assoit l’inconscient ». L’inconscient devient la structure symbolique évoqué par Lévi-Strauss. Le sujet, par la parole, vient s’y coordonner, mais le système existe en dehors de lui [20].

2/ Les remaniement ultérieurs du symbolique

Le signifiant et l’orientation structuraliste

À partir de 1954 Lacan s’efforce de réinterpréter le symbolique par le signifiant. Il s’inspire des travaux de Ferdinand de Saussure qui suggère de considérer la langue comme un système [21] et propose une théorie du signe qui unit un concept à une image acoustique. Le concept est appelé signifié et l’image acoustique, signifiant [22]. Lacan se repose aussi sur Roman Jackobson qui tente une approche structurale des langues. Il s’ensuit une réorientation de la pensée de Lacan vers 1954. Le linguiste Saussure est fréquemment pris pour référence mais contrairement à lui, Lacan suppose une indépendance du signifiant et du signifié et insiste sur leur disjonction.

Lacan s’inspire toujours de Lévi-Strauss dont il retient « l’accent qu’il a mis… sur ce que j’appellerais la fonction du signifiant, au sens qu’a ce terme en linguistique, en tant que signifiant, je ne dirais pas seulement se distingue par ses lois, mais prévaut sur le signifié à quoi il les impose » [23]. La relation de l’homme au symbolique devient « la relation de l’homme au signifiant » [24] . Ce n’est pas sous l’influence de Jakobson qui maintient, lui, la double nature des structures verbales et restitue à Lacan « la suprématie du signifiant » [25]. La référence à Saussure se modifie et le signifiant, d’élément acoustique indissociable du signifié, devient élément du langage « à caractère matériel » [26] ou encore « lettre », c’est-à-dire « ce support matériel que le discours concret emprunte au langage» [27]. Il est alors tout à fait distinct du signifié [28]. C’est une tentative pour trouver un fondement matériel à la structure symbolique et à l’inconscient. « Plus il ne signifie rien plus le signifiant est indestructible » [29]. 

L’orientation s’accentue encore un peu avec une référence à la cybernétique vers 1954. Dans son séminaire, Lacan illustre le symbolique par les séries de chiffres du langage informatique et le rapport syntaxique qui les lie. De ce fait le symbole peut s’incarner dans une machine[30]. Le sens est apparent et il n’existe, en réalité, que des rapports entre éléments formels. En radicalisant progressivement son propos, Lacan en vient à répudier le sens. Le langage devient « dénué de signification » [31]. On constate une mise à l’écart du sens et de la pensée qui atteint son maximum dans les développements sur la « machine » qui se réfère aux robots. La machine cybernétique est identifiée à une structure détachée de l’activité du sujet si bien que « le symbolique, c’est le monde de la machine » [32]. De cette comparaison, il vient que « si la machine ne pense pas, il est clair que nous-mêmes ne pensons pas » [33]. Le symbolique est réduit à des phénomènes de code qui effectivement sont toujours actualisés au travers d’un support matériel dans l’informatique. Il y une autonomie et une primauté du signifiant. Le signifiant devient un élément « discret»[34] (au sens mathématique), c’est-à-dire individualisé, indivisible, caractérisé par sa présence ou son absence.

Citons une phrase de 1959 qui résume tout cela : « Claude Lévi-Strauss confirme sans doute, dans son étude magistrale le caractère primordial de la Loi comme telle, à savoir l’introduction du signifiant et de sa combinatoire dans la nature humaine réglé par une organisation des échanges qu’il qualifie de structures élémentaires… produisant ainsi une dimension nouvelle à côté de l’hérédité par l’intermédiaire des lois du mariage » [43].

Vers 1955/1956 lors du séminaire sur La psychose, Lacan est poussé à récuser les deux piliers traditionnels de la psychanalyse que sont, l’idée d’une psychogenèse et celle d’un inconscient fondamentalement pulsionnel. En effet, si c’est la structure symbolique qui constitue le « sujet » cela ne peut se faire que d’un coup et il n’y a pas de genèse progressive du psychisme. Si c’est le système des signifiants qui constitue l’inconscient, il n’est pas formé par le pulsionnel issu du biologique et progressivement organisé dans le fantasme. Cela peut se résumer par la formule : Il n’y a pas de psychogenèse car l’inconscient est constitué par une structure signifiante [35]. C’est ce qui poussera Serge Leclaire à proposer au sujet du cas de Philippe en 1964 une formule phonématique de l’inconscient, ce qui est approuvé par Lacan [36]. L’idée de chaîne phonèmes a été suggérée dans L’instance de la lettre dans l’inconscient [37], d’ailleurs référé à son aspect le plus matériel possible, celui des caractères d’imprimerie. Pousser au maximum l’hypothèse du signifiant aboutit à suggérer que la chaîne phonématique des signifiants produit le désir du sujet et est constitutive de son inconscient.

Diverses oscillations théorique se produiront mais l’équilibre a été atteint vers 1967, moment où le système s’énonce avec le plus de simplicité. Le lieu d’opération du langage, le grand Autre, fait supposer le sujet grâce au jeu de la chaîne signifiante, S1, S2,… Sn, présente « dans l’inconscient ». La formule souvent répétée et servant de définition devient « le signifiant, c’est ce qui représente le sujet pour un autre signifiant ». Du coup, la nature du signifiant devient relativement indifférente, c’est le jeu au sein de la structure qui prend le dessus et l’accent est mis sur le rapport des signifiants entre eux.

La resymbolisation

Après le mouvement de réduction (vers 1950), se produit un mouvement d’extension de la notion. Il y a maintenant des signifiants non verbaux et de nombreuses choses sont des signifiants. De 1954 à 1965, on note que les objets partiels de Melanie Klein, le phallus, la femme, le père, sont qualifiés de signifiants. Les hallucinations de l’Homme au Loup seraient des signifiant premier et originellement refoulé [41]. Dans ces cas, il s’agit d’images et, du coup, le signifiant correspond à ce qui est habituellement nommé symbole. Le phallus serait un signifiant,  « symbole » du désir. Lacan en parle aussi comme « objet imaginaire» [42] . Or n’est-ce pas là quelque chose qui justement caractérise le symbole, d’être, pour partie, imaginaire ? Lacan ne peut tenir son idée d’un signifiant linguistique et l’acception du terme s’étend. Il désigne ce qui est appelé par Freud des représentations de choses, mais pour maintenir la logique du système, Lacan continue avec le terme de signifiant. Par la suite Lacan abandonnera la piste du signifiant et se tournera vers la topologie et vers un logicisme qui sortent du cadre de notre exposé.

3/ Critique de la dérive structuralo-syntaxique

Les contradictions du signifiant

Dans la mesure où le symbolique est rapporté au signifiant, il nous faut nous interroger au moins brièvement sur ce concept. S’engager dans la recherche du constituant de base du symbolique, en tant qu’il a un impact sur l’inconscient, est tout à fait admissible. La recherche de l’élémentaire est une démarche constante de la connaissance dans tous les domaines. Mais cette démarche échoue et provoque pour se maintenir des conséquences qui s’avèrent inadmissibles : la définition du signifiant est changeante dans des proportions inconciliables. Lacan étend l’usage du terme de telle sorte que cet élément langagier devient un symbole puis s’approche de la représentation de chose ou encore du symbole mathématique. De telles variations rendent la notion inconsistante. 

Le linguiste Michel Arrivé, bien qu’il n’en collationne pas toutes les occurrences, admet que « les signifiants lacaniens constituent une collection apparemment bien hétéroclite » [44]. En particulier il relève que le terme signifiant a deux acceptions, une concernant les signifiants qui émergent à la conscience et l’autre concernant les signifiants inconscients. Des oscillations de Lacan sont nées diverses interprétations du signifiant. Pour les uns, par exemple Alain Juranville, les signifiants sont des « représentations de chose », celles-là même dont Freud parlait [45], pour d’autres, comme Roland Gori, se sont des mots, des phonèmes, des syllabes électives, pour d’autre enfin, comme Jean-Claude Miller, ce sont des éléments minimaux purement différentiels et quasiment abstraits, « la pensée sans qualité» [46]. Ces aspects sont contradictoires en théorie comme en pratique.

Dans son acception la plus centrale, le signifiant lacanien est linguistique et il concerne le langage parlé, voire les phonèmes. Dans cette acception linguistique tantôt il l’assimile aux images acoustiques de Saussure (intériorisées) tantôt il insiste sur son caractère concret, matériel (qui correspond à sa forme actualisée sonore ou visuelle). À la forme actualisée concrète et matérielle correspond une inscription, une trace, une Warnehmungzeichnen [47]. De ce fait, on retrouve les problèmes de la « représentation », alors que Lacan était parti, en sens inverse, à la recherche de la manière dont le symbolique forge l’homme. La structure de l’inconscient devient un structure syntaxique. Le lavage imagé, celui du rêve et de l’imaginaire est dévalorisé.

Gori et Hoffmann [48] rappellent que si l’on veut tenir compte du signifiant, il convient de se situer dans une perspective méthodologique adéquate à savoir un opérationalisme technique. Le lieu d’existence du signifiant, lorsqu’il s’actualise, est l’interlocution et, dans ce cas, il apparaît dans sa manifestation concrète, le matériel sonore, les phonèmes et morphèmes prononcés. Supposer que ce matériel existe dans l’inconscient fait retrouver le problème de la psychologie associationniste qui suppose des représentations de mots s’inscrivant dans l’inconscient.

Cette inscription a fait l’objet d’une polémique. Simple inscription ou double inscription ? Jean Laplanche adhère à une partie des thèses de Lacan quant à l’importance du langage et à la possibilité de le considérer dans son aspect de signifiant, c’est-à-dire « pris dans ce qu’il a de plus littéral et matériel » [49] . Mais il s’étonne de ce que le signifiant, par définition empirique et donc conscient, puisse être inconscient. Il propose pour résoudre cette contradiction une idée reprise à Freud, celle d’une double inscription suite au refoulement originaire, ce qu’il propose en 1966 au colloque de Bonneval. Il va s’ensuivre d’incroyables discussions sur la simple ou la double inscription psychique du signifiant. Michel Arrivé soulevant le problème des « deux signifiants » lacaniens conclut que cette distinction est inutile [50], ce qui ne lève pas l’ambiguïté.

Le signifiant, élément empirique inscrit, s’il est constitutif de l’inconscient, donne un caractère empirique à ce dernier, à ceci prêt qu’il est inconscient, ce qui est aussi une contradiction. L’empirique est par nature toujours perceptible consciemment (sauf s’il est caché, ce qui est un propos trivial). On retombe dans la contradiction classique à laquelle s’était en son temps heurté Freud. Lacan se rend parfaitement compte du problème puisqu’il écrit en 1964 : « L’inconscient n’est pas une espèce définissant, dans la réalité psychique, le cercle de ce qui n’est pas l’attribut ou la vertu de la conscience » [51]. C’est malheureusement à quoi conduit l’hypothèse d’un inconscient formé de signifiants.

Lacan on l’a vu plus haut, repoussera une telle interprétation en rappelant à plusieurs reprises que le signifiant se situe au lieu de l’Autre, autrement dit que le concept de signifiant a un sens dans la conception d’un ordre symbolique structural. Mais le problème revient constamment car ses propos ouvrent la porte à la substantification du signifiant. Pour sortir de cette impasse, certains comme Alain Juranville supposent un « signifiant pur » qui ne « relève ni du monde, ni de la représentation» [52] . Puis il précise que le caractère sensible et la matérialité du signifiant ne doit pas nous faire nous interroger. En effet, le signifiant est « l’être même ». Une telle démonstration laisse perplexe. Comme le remarque Roland Gori nous pourrions nous passer de la notion de représentation et ainsi ne pas confondre, comme le recommandait Freud, l’échafaudage pour le bâtiment [53], mais malheureusement, avec le signifiant on retrouve cette confusion dès l’instant où l’on veut l’inscrire dans l’inconscient.

La réduction du symbolique

L’emploi du concept de signifiant par rapport au symbolique est problématique car, à l’évidence, il le réduit à une structure syntaxique, ce qui aboutit à une impasse. La tentative de Lacan pour ramener le symbolique à un système de signifiants s’est fait selon une suite logique qui commence par la recherche d’éléments discrets, puis les spécifie en éléments linguistiques, et enfin les sépare du sens. Pour cela, Lacan s’est appuyé sur la linguistique, sur la cybernétique et sur les théories de l’information naissantes. C’est à coup sûr une thèse « minimaliste» [54] comme le dit Milner et plus précisément une réduction puisque quelque chose de complexe est ramené à des éléments simples. Si l’on s’en tient à la définition du signifiant comme élément concret, formel et premier par rapport au signifié, la réduction opérée est-elle acceptable ?

Pour en juger référons-nous à un point de la théorie, celui de la Loi. Si l’on prend l’interdit de l’inceste qui est un effet de l’ordre symbolique dont on convient qu’il est universel, il faudrait qu’il se retrouve dans une structure organisant les signifiants. Une telle démonstration a-t-elle été faite ? Pas à ma connaissance. Admettons qu’elle le soit. Cet interdit étant universel, toutes les structures de toutes les langues devraient présenter un aspect commun s’y rapportant. Une telle démonstration est-elle possible ? Non, c’est impossible, les langues ont des structures linguistiques irréductibles les unes aux autres.

De plus, il resterait encore à montrer que ces structures produisent les mêmes effets chez tous les humains et les conduit effectivement à éviter l’inceste. À ce point du raisonnement, on voit bien que le seul dénominateur commun à ces formes irréductiblement différentes, c’est le sens qui, lui, est identique et toujours le même : l’inceste est prohibé. De cette constatation, il faut tirer les conséquences : une conception du symbolique, qui ne s’arrête pas au signifiant et mette en évidence la pensée et son travail logique élémentaire, tel que Lévi-Strauss en a montré la pertinence.

Cette critique ne méconnaît en rien les « points de capiton » supposés par Lacan, mais plutôt considère qu’il ne peut y avoir de tels « points », car la fonction symbolique (sémiotique) relie signifiant et signifié, mot et concept.  Ce type de conception avait été amorcée sous le terme de « fonction symbolique » par une tradition psychologique quelque peu oubliée, celle de Wallon, Guillaume et Piaget. C’est aussi le point de vue de la linguistique structurale avec Saussure et Jackobson. Ferdinand de Saussure affirme l’indissociabilité du signifiant et du signifié et l’aspect secondaire du son [55] et Roman Jackobson refuse l’antériorité du signifiant [56]. On peut également rappeler le travail de Pierre Marie qui indique qu’on ne peut faire dériver le sens du signe et montre que la Loi implique la raison [57].

Pour comprendre, reprenons l’exemple de la « machine », pris par Lacan dans le Séminaire II. Pour qu’une structure signifiante donnée produise un effet constant, il faudrait que l’homme soit une machine tel un métier à tisser Jacquard ou l’un de nos ordinateurs modernes. Dans ce cas, on constate effectivement qu’une séquence codée produit un comportement observable. Peut-on y assimiler l’homme ? Outre qu’elle est choquante par son simplisme, cette assimilation est erronée, même à titre de comparaison, car le rapport est dans ce cas inversé. Une machine est toujours construite par l’homme. Si un codage préside au déroulement des opérations concrètes c’est uniquement parce que le système a été organisé en vue de cette finalité-là. Le sens, le signifié, en est effectivement absent puisque la machine en est la matérialisation. Mais il a présidé à sa réalisation. Pour l’homme, il y a toujours un signifié, produit selon ses propres lois, en regard du signifiant qui en est la matérialisation.

Le symbolique ne peut être rapporté à un ensemble de signifiants, il se réfère nécessairement à la pensée et, qui plus est, à une pensée pourvue d’une certaine logique. Nous contestons radicalement que l’inconscient puisse être un effet de langage et encore plus une structure signifiante. L’ordre symbolique de Lévi-Stauss concerne la pensée, en sa forme élémentaire la « pensée sauvage » [59], une pensée organisatrice appliqué au concret. Il est erroné de le rapporter au langage et encore plus à un système de signifiants et enfin de le plaquer sur l’inconscient.

Note de l’auteur
Une première version de cet article a été publié en 2003 dans Cliniques méditerranéennes, 2003/2 (no 68), 320 pages, Editeur ERES. On trouvera le texte original dans : http://www.cairn.info/revue-cliniques-mediterraneennes-2003-2-page-131.htm

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Notes

[ 1] J. Lacan, « Le symbolique, l’imaginaire et le réel », Bulletin interne de l’Association française de psychanalyse, 1953, p. 413.
[ 2] Héraclite, Fragments, Findakly, 1990.
[ 3] M. Heidegger, « La parole », dans Acheminement vers la parole, Paris, Gallimard, 1976, p. 13 et 15.
[ 4] J. Lacan, Écrits, Paris, Le Seuil, 1966, p. 247.
[ 5] J. Lacan, « Le symbolique, l’imaginaire et le réel », Bulletin interne de l’Association française de psychanalyse, 1953, p. 413.
[ 6] J. Lacan, « Symbolique, imaginaire, réel », p. 406.
[ 7] Ibid.
[ 8] J. Lacan, Séminaire I, Paris, Le Seuil, 1975, p. 125.
[ 9] Ibid., p. 59.
[ 10] J. Lacan, Écrits, Paris, Le Seuil, 1966, p. 225.
[ 11] J. Lacan, « Le stade du miroir », Écrits, Paris, Le Seuil, 1966, p. 95.
[ 12] Ibid., p. 276.
[ 13] Ibid., p. 276.
[ 14] J. Lacan, « Le symbolique, l’imaginaire et le réel », Bulletin interne de l’Association française de psychanalyse, 1953, p. 420.
[ 15] J. Lacan, Écrits, Paris, Le Seuil, 1966, p. 276.
[ 16] Ibid., p. 322.
[ 17] Ibid.
[ 18] Ibid.
[ 19] J. Lacan, Séminaire I, Paris, Le Seuil, 1975, p. 100.
[ 20] Ibid.
[ 21] F. de Saussure, Cours de linguistique générale, Paris, Payot, 1981, p. 29.
[ 22] Ibid, p. 98-99.
[ 23] Intervention sur l’exposé de Lévi-Strauss du 21 mai 1956, cité par E. Roudinesco p. 282.
[ 24] J. Lacan, Écrits, Paris, Le Seuil, 1966, p. 450.
[ 25] R. Jakobson, Essais de linguistique générale, t. 2, Paris, Éditions de minuit, 1973, p. 44.
[ 26] J. Lacan, Séminaire III, Paris, Le Seuil, 1981, p. 65.
[ 27] J. Lacan, Écrits, Paris, Le Seuil, 1966, p. 495.
[ 28] Ferdinand de Saussure a précisé que le signe devait être considéré comme forme et non comme substance. F. de Saussure, Cours de linguistique générale, Paris, Payot, 1981, p. 157.
[ 29] J. Lacan, Séminaire III, Paris, Le Seuil, 1981, p. 210.
[ 30] J. Lacan, Séminaire II, Paris, Le Seuil, 1978, p. 350.
[ 31] J. Lacan, « Symbolique, imaginaire, réel », Bulletin interne de l’Association française de psychanalyse, Paris, 1953, p. 407.
[ 32] J. Lacan, Séminaire II, Paris, Le Seuil, 1978, p. 63.
[ 33] Ibid., p. 350.
[ 34] J. Lacan, Séminaire V, Paris, Le Seuil, 1998, p. 219.
[ 35] J. Lacan, Écrits, Paris, Le Seuil, 1966, p. 575.
[ 36] J. Lacan, Séminaire XI, Paris, Le Seuil, 1973, p. 226.
[ 37] J. Lacan, Écrits, Paris, Le Seuil, 1966, p. 501, 510, 518.
[ 38] J. Lacan, Séminaire III, Paris, Le Seuil, 1981, p. 303.
[ 39] J. Lacan, Écrits, Paris, Le Seuil, 1966, p. 556.
[ 40] J. Lacan, Séminaire XX, inédit, p. 22.
[ 41] J. Lacan, Séminaire XI, Paris, Le Seuil, 1973, p. 226-227.
[ 42] J. Lacan, Séminaire V, Paris, Le Seuil, 1998, p. 225.
[ 43] J. Lacan, Séminaire VII, Paris, Le Seuil, 1986, p. 82.
[ 44] M. Arrivé, Langage et psychanalyse, linguistique et inconscient, Paris, PUF, 1994, p. 110.
[ 45] A. Juranville, Lacan et la philosophie, Paris, PUF, 1994, p. 50-52.
[ 46] J.-C. Milner, L’œuvre claire, Paris, Le Seuil, 1995, p. 101-107.
[ 47] J. Lacan, Séminaire XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Paris, Le Seuil, 1973, p. 46.
[ 48] R. Gori, C. Hoffmann, La science au risque de la psychanalyse, Toulouse, érès, 1999, p. 306, 307.
[ 49] Laplanche et Leclair « L’inconscient une étude psychanalytique », Colloque de Bonneval, Desclée de Brouwer, 1966, p. 110.
[ 50] M. Arrivé, Langage et psychanalyse, linguistique et inconscient, Paris, PUF, 1994, p. 117.
[ 51] J. Lacan, Écrits, Paris, Le Seuil, 1966, p. 830.
[ 52] A. Juranville, Lacan et la philosophie, Paris, PUF, 1994, p. 48.
[ 53] R. Gori, « Les anaphonies de Saussure », Cliniques méditerranéennes, n° 57/58, Toulouse, érès, 1998, p. 6.
[ 54] J.-C. Milner, L’œuvre claire, Paris, Le Seuil, 1995, p. 101-107.
[ 55] F. de Saussure, Cours de linguistique générale, Paris, Payot, 1981, p. 157, 164.
[ 56] R. Jackobson, Essais de linguistique générale, t. 2, Paris, Editions de Minuit, 1973, p. 44.
[ 57] P. Marie, Qu’est-ce que la psychanalyse ?, Paris, Aubier, 1988, p. 74, 84.
[ 58] J. Lacan, Séminaire III, Paris, Le Seuil, 1981, p. 288, 289, 304.
[ 59] J. Lacan, Séminaire V, Paris, Le Seuil, 1998, p. 182.