Un monde pluriel

 

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Le réel, la réalité et le monde : vers une ontologie plurielle

L’ontologie essaye d’établir un savoir raisonnable sur la constitution profonde du monde, par delà ce que l’abord empirique peut amener, tout en restant fermement appuyé sur lui. Une ontologie est toujours hypothétique et ne peut prétendre qu’à la vraisemblance. Elle donne des idées sur le monde et se justifie par ses effets en retour sur la connaissance, si tant est qu’elle se montre heuristique, au moins pour un temps.

Au premier abord, une ontologie se prononce sur ce qui existe. Nous défendrons un point de vue réaliste sur le monde considéré comme totalité immanente, assurément existante. Cela veut dire que le monde n’est pas une illusion, une apparence, le reflet d’autre chose que lui-même, en un mot, qu’il est bien réel. Cette position est indémontrable, mais elle est la seule plausible, car déclarer que le monde n’existe pas conduit vers des absurdités, comme de se trouver dans le néant.

Cette affirmation de l’existence du monde doit être complétée par la distinction entre les deux formes identifiables de l’existence : ce qui existe en dehors de nous (en soi) et ce qui existe pour nous (par l’expérience). En effet, il est prudent de ne pas confondre ce que nous percevons et concevons du monde (la réalité) avec ce qui constitue le monde (le réel).

L’histoire invite à convoquer, pour penser le monde, l’évolution des sciences empiriques. Si on compare l’Univers connu du XIIe siècle et celui du XXIe siècle, ils sont sans commune mesure. Il existe pour nous des choses inenvisageables dans les siècles précédents : des particules élémentaires, l’étrange domaine quantique, les ondes radio-électriques, les cellules vivantes, les virus et bactéries, les galaxies, un cosmos en extension, etc.

Malgré une volonté tenace, la science ne s’est pas unifiée et on continue à enseigner, étudier et pratiquer des sciences différentes. Les objets d’étude sont divers et ils renvoient à des types de faits bien différents. Ceux étudiés par le chimiste ne sont pas de même nature que ceux étudiés par le biologiste ou le sociologue. On doit donc distinguer divers domaines ou divers champs de la réalité.

Il s’ensuit que ce qu’on nomme de manière générique la réalité n’est pas homogène et isomorphe (elle n’est pas la même partout). Depuis leur apparition au XVIIe siècle, les sciences procèdent à de grandes découpes qui indiquent une pluralité des formes d’existence de la réalité.

Ces découpes de la réalité laissent supposer que le réel soit lui-même différencié, car il y a une relation entre le réel et la réalité. La constitution du monde en lui-même influe sur la réalité telle que nous la construisons, surtout dans les sciences, qui s’efforcent par leur méthode de se confronter au réel en s’adaptant aux déterminations que chaque niveau du réel impose aux différents champs de la réalité. Le monde est unique et immanent, mais il n’est pas homogène.

D’après ce que nous connaissons, autant du point de vue cosmologique que biologique ou géologique, le monde n’est pas fixe, il évolue dans le temps. Si l’on se place du point de vue de l’Univers, au cours de cette évolution, des différenciations se sont créées, des niveaux d’organisation non réductibles les uns aux autres sont apparus.

Très grossièrement, au vu des connaissances actuelles, on peut nommer comme niveaux présentant une homogénéité et une stabilité suffisante pour être considérés les domaines de la physique, de la chimie, de la biologie, de la cognition humaine et du social. Cette cartographie n’a rien de fixe et ni de définitif et elle est susceptible de changer si les connaissances évoluent.

Les critères de différenciation sont les suivants :

  • le déterminisme qui règne au sein de chaque champ du réel n’est pas le même,
  • les faits qui manifestent chaque champ ont des caractères différents,
  • ces faits ne sont pas connaissables selon les mêmes méthodes scientifiques, ni régis par les mêmes lois.

La manière la moins triviale de caractériser les formes du réel est de les considérer comme des formes d’organisation ou d’interaction, qui se traduisent dans la réalité par des régions nomologiques identifiées par les sciences. On ne peut pas en dire grand-chose de plus sans entrer dans des spéculations invérifiables, ce que nous nommons la métaphysique.

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