Une société organisée

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Société, économie et politique : l’interaction des collectifs et des personnes

Les conduites humaines façonnent l’environnement d’une manière qui est sans équivalent dans le règne animal. L’homme ne vit pas dans un environnement naturel, il vit dans l’environnement social et culturel qu’il a forgé. L’évolution sociale le plonge dans des contraintes économiques et techniques de plus en plus fortes qui le façonnent en retour.

On peut désigner par le terme générique de « collectif » les ensembles de personnes interdépendantes et interagissantes, qu’elles en aient conscience ou pas. Elles exercent des fonctions au sein du groupe, fonctions qui en assurent la pérennité et qui, si elles ne sont pas effectuées, conduisent à sa dissolution. Ces fonctions sont en rapport avec les grands enjeux des collectifs humains qui concernent la parenté, le pouvoir, l’économie et enfin l’appartenance au groupe.

Ces fonctions impliquent des conduites finalisées de la part des individus qui les assument. Ce qui fait la force prescriptive du social tient à l’organisation elle-même qui est portée par chacun des individus en tant que membre du collectif. « Cet ensemble de fonctions que les hommes remplissent les uns par rapport aux autres est très spécifiquement ce que nous nommons la société. Ces structures sont ce qu’on peut nommer les  structures sociales », dit Norbert Elias.

L’organisation concerne les relations, la production des biens et services et le pouvoir. Toutes les sociétés organisent la parenté selon un système précis. Cette organisation implique un certain type de rapports entre les hommes et les femmes, les générations, les groupes familiaux, la propriété et la transmission de biens, et débouche sur des échanges, des alliances, des oppositions et, par là, structure les relations qui seront dites, de ce fait, « sociales ».

L’économie concerne la production, l’utilisation et la répartition de biens et services. Elle est toujours organisée selon une répartition des tâches et des rémunérations, ce qui  implique un système d’échange, d’accords, d’oppositions qui structure les relations entre les individus et les groupes sociaux.

Le pouvoir politique organise une hiérarchie explicite dans les positions au sein de la société, il capte le pouvoir de décision. Il énonce et justifie l’ordre de la société et cherche à le pérenniser ou parfois à le changer. Organisé en État il dans les sociétés évoluées  il se réserve les pouvoirs dits « régaliens » : armée, police, justice.

Ces trois aspects (relationnel, économique, politique) impliquent toujours des « collectifs », car, d’évidence, il n’y a pas de parenté pour un individu seul, pas de commerce avec soi-même, pas de pouvoir sans personne à commander. Pour que tous ces aspects existent, il faut des individus liés entre eux selon un ordre. L’unité de base du social n’est pas « l’individu », mais la forme émergente minimale du collectif. À un moment donné, apparaît un ensemble qui a une existence propre et par là impose un déterminisme.

En même temps, le social « passe par » ou « nécessite » l’individu. En effet, on n’a jamais vu de société sans individus et, plus précisément, c’est la personnalité qui est le passeur vers le social. Les institutions d’une société viennent forger la personnalité de base des individus qui rétroagit sur les institutions. Norbert Elias ou Pierre Bourdieu parlent en terme « d’habitus » et s’interrogent sur la manière dont l’évolution sociale modifie les habitus. Les collectifs tirent leur pérennité des individus humains pourvus d’une personnalité qui les composent et les recomposent en permanence au fil des générations.

La société peut être pensée comme un ensemble de collectifs, ensemble qui est lui-même un collectif à une échelle supérieure.

Les faits sociaux se produisent par l’intermédiaire des individus humains pris dans des collectifs. La capacité cognitive humaine sert de médiation aux collectifs constituant le social, en mixant les lois, normes et institutions avec les stratégies individuelles. Le politique peut être conçu comme les inflexions données au social selon l’intérêt de groupes particuliers.

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